« Le viol est utilisé comme une stratégie de destruction massive. » Denis Mukwege, discours à l’ONU en 2012

Depuis plus de deux décennies, l’est de la République Démocratique du Congo est ravagé par un conflit aussi complexe que silencieux. Dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, les violences armées se sont enracinées sur fond de guerres régionales, d’enjeux ethniques, de luttes pour le pouvoir, mais surtout d’une exploitation féroce des ressources minières, coltan, cassitérite, or, diamants. Autant de minerais stratégiques pour l’économie mondiale, notamment pour l’industrie électronique, extraits dans des zones instables et contrôlées par des milices.

Dans ce contexte, le viol est devenu une arme de guerre, systématique, méthodique, utilisée pour terroriser, soumettre et anéantir. Il ne s’agit pas seulement de brutaliser des individus, mais de détruire des communautés, briser les solidarités locales, faire fuir les populations pour mieux contrôler les territoires. Le corps des femmes, et parfois celui des enfants, est utilisé comme levier de conquête.

À travers les attaques ciblées contre les femmes, les fillettes, et parfois même les nourrissons, c’est la fertilité, la transmission, la mémoire collective qui sont visées. Ces actes relèvent clairement de crimes contre l’humanité, voire de génocide par mutilation reproductive. Le silence est souvent la norme, la peur, la honte, le rejet social empêchent les victimes de parler. Beaucoup sont abandonnées par leur mari, exclues de leur famille, ou réduites à l’errance.

Face à cette violence, un homme s’est levé, à la fois médecin, militant et témoin, le docteur Denis Mukwege, gynécologue obstétricien formé à Angers, a fondé en 1999 l’hôpital de Panzi, à Bukavu, dans le Sud-Kivu. Ce lieu est devenu, au fil des années, un symbole de résistance et de résilience, une structure à la fois médicale, sociale, psychologique et spirituelle.

« À Bukavu, dans son hôpital de Panzi, le docteur Denis Mukwege répare le corps mutilé des victimes. Et leur sauve la vie. »

À Panzi, les femmes ne sont pas seulement soignées. Elles sont écoutées, accompagnées, reconnues, dans une démarche globale de reconstruction. Autour du bloc opératoire, il y a les assistantes sociales, les psychologues, les juristes, les formatrices. Les femmes y trouvent des mots pour dire, des voix pour chanter, des gestes pour reprendre possession de leur corps.

Panzi est un village de survivantes, une école de la dignité, un modèle de soin intégratif face aux séquelles les plus profondes de la guerre.

« Elles guérissent aussi par la parole, le chant, la prière. Ensemble. »

Depuis sa fondation, plus de 40 000 femmes ont été opérées, accompagnées, réinsérées. Certaines d’entre elles ont pris la parole aux Nations unies, dans des universités, des tribunaux, pour raconter, pour ne plus être des chiffres.

Le docteur Mukwege ne soigne pas seulement. Il dénonce. Inlassablement. Il appelle à la création d’un tribunal pénal international pour juger les crimes commis dans l’est du Congo, qu’il qualifie de massacre à huis clos. Pour sa parole, il a reçu en 2014 le prix Sakharov pour la liberté de penser, puis en 2018, le prix Nobel de la paix, partagé avec l’activiste yézidie Nadia Murad. Tous deux incarnent un combat universel, refuser que la violence sexuelle soit tolérée comme une fatalité dans les guerres.

Mais cet engagement a un coût. Denis Mukwege a survécu à plusieurs tentatives d’assassinat. Il vit aujourd’hui reclus à l’hôpital de Panzi, protégé par des gardes armés. Il continue d’opérer, d’écrire, de parler, au nom de celles qui ne le peuvent plus.

Il incarne cette phrase simple, souvent répétée,

« Soigner une femme violée, c’est refuser que la barbarie ait le dernier mot. »

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